Conférence de presse au Sénat : Essais nucléaires en Polynésie française, pour une reconnaissance des droits des victimes

A l’heure du triste anniversaire de l’explosion de la première bombe atomique française à Moruroa le 2 juillet dernier, j’ai accueilli aujourd’hui pour une conférence de presse au Sénat monsieur Roland Oldham, président de l’associatio20160707_conf de presse essais 7n « Moruroa e tatou », Le Père Auguste, président de l’association « 193 » et Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements.

Les essais nucléaires commandés par l’État français ont fait des ravages sanitaires, humains et environnementaux irréversibles. Le père Auguste pour l’association 193 a rappelé qu’il y avait eu 193 essais nucléaires entre 1966 et 1974 dans les atolls de Mururoa et Fangataufa, représentant une explosion tous les deux mois et équivalent à 900 fois la bombe d’Hiroshima. Roland Oldham de l’association Moruroa et tatou a lui insisté sur le sentiment d’injustice de plus en plus ressenti en Polynésie devant le manque de reconnaissance et de réparation de l’État des conséquences dramatiques de ces essais sur l’environnement et la santé des habitants. Une pétition réclamant la reconnaissance de l’État a d’ailleurs recueilli 45 000 signatures, ce qui représente un quart des Polynésiens inscrits sur les listes, ce qui montre l’ampleur aujourd’hui de la mobilisation locale.

Si la loi Morin votée en 2010 prévoit un système d’indemnisation pour certaines victimes, la notion de « risque négligeable », a jusqu’ici fait obstacle aux demandes d’indemnisation des victimes civiles, parce qu’elle ne permet pas de faire le lien entre la maladie et le risque que constituent les essais comme facteur explicatif. Plus de 1000 dossiers ont été présentés et 20 seulement ont été acceptés. De plus, les associations insistent sur le véritable « parcours du combattant » que constitue le dépôt d’un dossier : des obstacles liés à l’accès aux archives par exemple, qui sont à Paris, mais aussi parce que c’est la victime qui doit faire la preuve du lien entre la maladie et la cause ; ces freins créent un très fort sentiment d’injustice et l’impression selon les propres mots des intervenants de devoir mendier pour obtenir reconnaissance et réparation pour des erreurs commises par l’État.

Lors d’une réunion hier de la commission de suivi des conséquences des essais nucléaires avec la ministre de la santé Marisol Touraine, un nouveau décret a été présenté visant à abaisser le seuil de probabilité au-delà duquel le risque ne peut être considéré comme négligeable de 1% à 0,3%, ce qui permet à quelques personnes supplémentaires d’être indemnisées. Cependant il faut maintenant que soit appliqué le principe de présomption de causalité entre la maladie et les essais nucléaires afin que la loi Morin prenne réellement effet, et que les milliers de victimes des essais nucléaires accèdent à leurs droits et à une réparation de ce drame.

Voir aussi mon communiqué de presse