Intervention à la Conférence-Débat « Quelles responsabilités pour les écologistes ? »

Paris – 4 avril

Je suis venue aujourd’hui dire ce qu’est à mon sens la quadruple responsabilité des écologistes, partout où ils se trouvent aujourd’hui et la ou il se trouveront peut être demain.

1/ La responsabilité de construire des contre lobbies et des contre-campagnes d’opinion

Sur les sujets que je travaille comme parlementaire, la consommation, la santé, les pollutions, l’accès aux droits, les lobbyistes exercent une forme insupportable de dictature sur l’opinion. C’est clef en mains que les trusts du médicament, de l’automobile ou de l’agroalimentaire fournissent aux parlementaires et aux médias des consultants bidon, des faux chiffres des expertises biaisées. Il est temps que se constitue un fonds et une union internationale de la contre-expertise, financée par les citoyens, réunissant toutes les structures indépendantes ou pluralistes et leur permettant de répondre aux innombrables sollicitations dont elles sont l’objet. Il est temps qu’un réseau de médias indépendants, Internet, papier et télévision assure la diffusion des actions avis et rapports d’une telle union.

Les écologistes devraient a mon sens prendre une initiative européenne sur ces deux sujets.

2/ La responsabilité de donner un socle plus solide aux initiatives écologiques de la société civile:

La différence avec il y a 20 ans, c’est qu’on n’est plus dans l’expérimentation. Sur d’innombrables sujets de la transition, le savoir faire existe . Il n’y a qu’à voir le bâtiment, l’énergie ou l’agriculture pour s’en convaincre. Mais la puissance économique fait encore défaut. En capital, en formation, en accès au foncier, en puissance commerciale, en potentiel de réponse aux marches publics, en filière territoriale. Alors qu’on parle d’économie collaborative ou de la fonctionnalité, nous avons parfois nous même une révolution industrielle de retard.

Les écologistes devraient donc prendre, l’initiative de soutenir la creation et plus souvent le renforcement des structures corporatives sur les grandes filières de la transition, faire pression sur toute les chambres consulaires et les assemblées dans lesquelles ils sont ou seront élus pour qu’elles rééquilibrent leur priorités d’affectation de la subvention ou de la ressource fiscale.

3/ La responsabilité de pousser à la réforme des service publics écologiques territoriaux :

La gestion des biens publics que sont l’eau , l’énergie ou la qualité de l’air est aujourd’hui totalement morcelée, opaque et  dispersée  C’est un sujet qui a été peu abordé lors du débat sur la réforme territoriale et sur lesquels nous avons un retard considérable sur les majors qui, elles, raisonnent en terme de services globaux et de réseaux jusqu’au particulier. Je ne propose sûrement pas d’étatiser tous les services mais il faut reprendre le contrôle sur les grandes options stratégiques pour que nos concitoyens prennent la mesure des énormes gisements d’économie et de pouvoir d’achat qu’il permettrait.

4/ La responsabilité d’inventer la démocratie écologique:

On fait débattre les citoyens parfois des grands projets d’équipement, plus rarement des grandes politiques publiques des plans ou de programmes. Presque jamais des grandes options techno scientifiques. Il est temps que systématiquement sur les grandes options et les grands choix de politiques publiques, soit installé un dispositif décentralisé de débat, en continu, allant profond dans l’opinion.

Les écologistes devraient profiter du débat organisé par Ségolène Royal pour souligner l’importance et l’urgence du droit de saisine citoyen. La prolifération anarchique et scandaleuse des nanotechnologies constitue à cet égard une occasion majeure de parler fort à l’opinion publique.

Conclusion :

Pour mettre en oeuvre cette quadriple responsabilité, et ce sera ma conclusion, les écologistes doivent changer leur façon de se présenter sur la scène politique.

La base explicite de leur projet, on aurait dit dans le temps l’alliance de classes ou le sujet de la transformation ecologique, devrait être l’alliance des prolos, des bobos, des intellos et des technos . Sur ce dernier point, nombreux sont les hauts fonctionnaires, les  ingénieurs et les cadres qui refusent la fuite en avant nihiliste et irresponsable des certaines grandes organisations ou de certaine hautes administratiosn d’Etat.

Sur toute une série de terrains, cette alliance ne demande qu’a se conforter: La consommation, l’alimentation, les mobilités, le troc et la réparation d’objets, la santé, les loisirs, l’école.

Les gains de pouvoir d’achat par l’écologie, le récit et la promesse progressiste d’un monde qui peut s’améliorer, le choix des lows tech et des technologies appropriées contre la démesure et l’irresponsabilité, voilà des chantiers majeurs où s’articulent l’urgence sociale, l’urgence écologique et l’urgence territoriale.

La façon qu’ont les écologistes de faire de la politique doit donc profondément évoluer.

Je suis en Seine Saint Denis. Dans ce département, je mesure chaque jour combien les écologistes devraient intégrer à leur dispositif de fonctionnement et de prise de décision les relais d’opinion et les prescripteurs d’alternatives que sont par exemple les représentants des collectifs d’associations de quartiers, les syndicats de salariés, les associations de consommateurs, les professionnels de la santé ou du travail social; les artisans et commerçants.

L’intuition de Dany Cohn-Bendit de la coopérative a été ramenée au rang de chimères par les visions protestataires et avant-gardistes de l’écologie. Il est temps de la remettre en chantier.

Le retour d’écologistes aux responsabilités et au gouvernement, que j’appelle de mes vœux, compte tenu de l’état du pays, n’a pas besoin de préalable ni de marchandage d’appareils qui ne tiennent pas compte du vrai état de la société. Mais il n’a d’utilité qu’inscrit dans un projet écologiste collectif d’actions, autrement dit dans un projet porteur de sens.