Aline Archimbaud

Sénatrice de Seine-Saint-Denis

Forum pour l’Accès aux droits – Interview d’Aline Archimbaud pour Libération

Ce week-end, l’université de Saint-Denis se transforme en vaste conciliabule. Près de 400 intervenants – associations, élus, médecins – vont plancher sur l’accès aux droits des populations les plus fragilisées. Le constat est implacable : de plus en plus de familles précaires désertent les structures de soins faute de ressources. La sénatrice EE-LV de Seine-Saint-Denis Aline Archimbaud explique l’importance de ce grand forum.

Plusieurs centres de dépistage de maladies comme la tuberculose pourraient fermer faute de financements. Où en est-on concrètement ?

La réapparition de cette maladie signale, s’il en était encore besoin, que la précarité s’accroît. Des discussions ont eu lieu avec la ministre Marisol Touraine pour trouver une solution. Il serait inconcevable qu’on prive ces centres de moyens, leur fermeture créerait une situation de grave danger sanitaire pour l’ensemble de la population.

Quel est l’objectif de ce forum pour l’accès aux droits ?

En partant d’une réflexion sur le non-recours aux droits en matière de santé (10 à 24%pour la CMU complémentaire, plus de 60% pour l’aide à la complémentaire santé), nous avons vite constaté que le non-recours à tel ou tel droit se cumulait souvent avec d’autres : droit au logement, au transport, à l’éducation, à la formation, à la justice. Pour faire aboutir un dossier et obtenir l’ouverture de droits de toute nature, il faut suivre un parcours du combattant : incroyable complexité des dossiers, manque d’information, de proximité, pénurie d’interlocuteurs physiques. A quoi s’ajoute l’inhibition provoquée par le discours sur les prétendus «chômeurs fraudeurs». Il y a un an, en remettant un rapport au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, je l’avais alerté : le non-recours provoque des effets de seuil ravageurs, des ruptures dramatiques. Il engendre amertume, colère, sentiment de désespérance. Il met en danger la cohésion nationale, aggrave les divisions dans la société, déchire profondément le lien démocratique et favorise la montée des extrémismes.

Comment lutter contre le cruel manque de moyens ?

C’est la non-ouverture de ces droits qui coûte cher ! Chacun sait bien qu’elle aggrave la situation des personnes qui, du coup, retardent leurs soins, rognent sur des dépenses. Il faut simplifier les procédures, valoriser de nouveaux métiers plus transversaux et impulser l’essaimage de pratiques innovantes et préventives.

Recueilli par Willy Le Devin