Forum pour l’Accès aux Droits – Interview d’Aline Archimbaud pour le Parisien


CLAIRE GUÉDON | 11 oct. 2014, 07h00


L’université -8, à Saint-Denis, accueille aujourd’hui un forum consacré à l’accès aux droits en général, allant du , à la , en passant par l’emploi et la formation. A l’initiative de cette vaste rencontre, dont le coup d’envoi a été donné hier soir, se trouve en particulier Aline Archimbaud : la sénatrice (EELV) de Seine-Saint-Denis a émis des propositions l’an dernier sur les énormes difficultés qu’éprouvent les plus pauvres à se faire soigner.

L’un des thèmes du forum est l’accès aux soins pour les plus démunis. Une question sur laquelle vous avez vous-même travaillé, en élaborant il y a un an et demi une proposition de loi. Que s’est-il passé depuis ?

ALINE ARCHIMBAUD. Le Premier ministre d’alors, Jean-Marc Ayrault m’a confié une mission parlementaire de six mois, pour comprendre pourquoi les plus pauvres n’arrivaient pas à accéder aux soins et à faire valoir par exemple leurs droits à la couverture maladie universelle (CMU) complémentaire. On estime que 20 % des personnes qui peuvent y prétendre n’arrivent pas à ouvrir leurs droits. Parfois, il faut produire jusqu’à cent pièces pour justifier des revenus tirés de plusieurs jobs. C’est le cas, par exemple, d’une femme de ménage ayant quatre employeurs. C’est Kafka. Faire valoir ses droits est un parcours du combattant et beaucoup finissent par abandonner. Des millions de personnes ne font plus valoir les droits que la loi leur accorde pourtant. A court terme, l’Etat pense ainsi gagner de l’argent, mais ce sont des économies de bouts de chandelles. A long terme, cela n’évite pas les dépenses liées à la dégradation de l’état de santé de gens qu’il faut traiter médicalement en urgence parce qu’ils ont trop attendu.

Quelles pistes de réflexion avez-vous lancées pour changer cette situation ?

J’ai formulé 40 propositions pour un « choc de solidarité », après avoir réalisé 240 auditions de médecins, chercheurs, travailleurs sociaux, représentants de collectivités locales… Il faut une simplification radicale des démarches. Il faut aussi modifier les comportements des professionnels. Il faut aller chercher un public qui renonce à faire valoir ses droits. Dans certains organismes, on doit créer de nouveaux métiers, comme celui de médiateurs, pour aller au-devant des plus démunis.

Quel est l’objectif du forum d’aujourd’hui ?

Il y avait une attente parmi les professionnels que j’ai rencontrés dans le cadre de ma mission. Certains ne trouvent plus de sens à leur travail. On leur demande surtout de se concentrer sur la recherche des fraudes, les équipes se retrouvent surchargées… Il y a une certaine stigmatisation des précaires et des chômeurs. L’objectif de ce forum est aussi de créer un réseau sur l’accès aux droits. Nous allons lancer un site Internet pour accompagner ce mouvement. On espère que le forum de Saint-Denis, organisé dans ce département de façon symbolique, sera le premier d’une série.

 

Des professionnels du 93

viendront témoigner au forum


 

 
11 oct. 2014, 07h00

Après les ateliers qui se sont tenus hier soir, le forum pour l’accès aux droits se poursuit aujourd’hui (de 9 heures à 17 h 30) à l’université -8, à Saint-Denis. -hébergement, accès aux droits des jeunes, , consommation, environnement, lutte contre l’isolement sont quelques-uns des thèmes abordés. Aujourd’hui, les échanges mettront en avant des cas concrets et des témoignages de professionnels travaillant notamment en Seine-Saint-Denis. L’exemple de l’atelier santé et précarité de la ville de Saint-Denis sera cité, mais aussi l’initiative de la place de la santé au Franc-Moisin ou les actions de la maison des femmes de Montreuil. A 15 heures, un débat est prévu avec Aline Archimbaud, Patrick Braouezec, président de l’agglomération Plaine Commune, Stéphane Troussel, président du conseil général du 93. Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental (Cese) est également attendu.