Conférence de presse au Sénat : Essais nucléaires en Polynésie française, pour une reconnaissance des droits des victimes

A l’heure du triste anniversaire de l’explosion de la première bombe atomique française à Moruroa le 2 juillet dernier, j’ai accueilli aujourd’hui pour une conférence de presse au Sénat monsieur Roland Oldham, président de l’associatio20160707_conf de presse essais 7n « Moruroa e tatou », Le Père Auguste, président de l’association « 193 » et Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements.

Les essais nucléaires commandés par l’État français ont fait des ravages sanitaires, humains et environnementaux irréversibles. Le père Auguste pour l’association 193 a rappelé qu’il y avait eu 193 essais nucléaires entre 1966 et 1974 dans les atolls de Mururoa et Fangataufa, représentant une explosion tous les deux mois et équivalent à 900 fois la bombe d’Hiroshima. Roland Oldham de l’association Moruroa et tatou a lui insisté sur le sentiment d’injustice de plus en plus ressenti en Polynésie devant le manque de reconnaissance et de réparation de l’État des conséquences dramatiques de ces essais sur l’environnement et la santé des habitants. Une pétition réclamant la reconnaissance de l’État a d’ailleurs recueilli 45 000 signatures, ce qui représente un quart des Polynésiens inscrits sur les listes, ce qui montre l’ampleur aujourd’hui de la mobilisation locale.

Si la loi Morin votée en 2010 prévoit un système d’indemnisation pour certaines victimes, la notion de « risque négligeable », a jusqu’ici fait obstacle aux demandes d’indemnisation des victimes civiles, parce qu’elle ne permet pas de faire le lien entre la maladie et le risque que constituent les essais comme facteur explicatif. Plus de 1000 dossiers ont été présentés et 20 seulement ont été acceptés. De plus, les associations insistent sur le véritable « parcours du combattant » que constitue le dépôt d’un dossier : des obstacles liés à l’accès aux archives par exemple, qui sont à Paris, mais aussi parce que c’est la victime qui doit faire la preuve du lien entre la maladie et la cause ; ces freins créent un très fort sentiment d’injustice et l’impression selon les propres mots des intervenants de devoir mendier pour obtenir reconnaissance et réparation pour des erreurs commises par l’État.

Lors d’une réunion hier de la commission de suivi des conséquences des essais nucléaires avec la ministre de la santé Marisol Touraine, un nouveau décret a été présenté visant à abaisser le seuil de probabilité au-delà duquel le risque ne peut être considéré comme négligeable de 1% à 0,3%, ce qui permet à quelques personnes supplémentaires d’être indemnisées. Cependant il faut maintenant que soit appliqué le principe de présomption de causalité entre la maladie et les essais nucléaires afin que la loi Morin prenne réellement effet, et que les milliers de victimes des essais nucléaires accèdent à leurs droits et à une réparation de ce drame.

Voir aussi mon communiqué de presse 

Essais nucléaires en Polynésie française : pour la reconnaissance des droits des victimes

Communiqué de presse

Essais nucléaires en Polynésie française : pour la reconnaissance des droits des victimes

Paris, Le 7 juillet 2016

A l’heure du triste anniversaire de l’explosion de la première bombe atomique française à Moruroa, Aline Archimbaud, sénatrice de Seine-Saint-Denis et vice-présidente de la délégation sénatoriale à l’outre-mer a pu accueillir au Sénat monsieur Roland Oldham, président de l’association « Moruroa e tatou », Le Père Auguste, président de l’association « 193 » et Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements.

Les essais nucléaires commandés par l’Etat français ont fait des ravages sanitaires, humains et environnementaux irréversibles. Si la loi Morin prévoit un système d’indemnisation, la notion de « risque négligeable », a jusqu’ici fait obstacle aux demandes d’indemnisation des victimes civiles, déplore Aline Archimbaud.

Elle se félicite que madame la ministre des affaires sociales et de la santé Marisol Touraine prévoie dans le nouveau décret d’abaisser le seuil de probabilité au-delà duquel le risque ne peut être considéré comme négligeable de 1% à 0,3%, permettant à quelques personnes supplémentaires d’être indemnisées mais demande que soit appliqué le principe de présomption de causalité entre la maladie et les essais nucléaires afin que la loi Morin prenne réellement effet, et que les milliers de victimes des essais nucléaires accèdent à leurs droits.

 

Intervention au Sénat sur la proposition de loi relative au scrutin municipal en Polynésie française

Je suis intervenue le 30 juin au Sénat à propos d’une proposition de loi sur le scrutin municipal en Polynésie française.

J’ai saisi l’occasion pour parler aussi du scandale que constitue la quasi non application de la loi Morin concernant l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français en Polynésie.

Voici mon intervention en séance :

Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, comme cela vient d’être rappelé, la Polynésie française est un territoire géographiquement singulier par son morcellement en 5 archipels et 118 îles sur une immense surface, de plus de 4000 kilomètres carrés.

Cette caractéristique appelle de nécessaires adaptations au découpage classique en communes. La mise en place des communes associées dans les années 1970 a été pensée comme un moyen de rassembler des communes petites et isolées autour d’élus municipaux communs. Ce système semble toutefois avoir montré ses limites, comme l’ont rappelé l’auteur et le rapporteur de ce texte. Mme Tetuanui émet des propositions auxquelles nous sommes favorables.

Le mode de scrutin proposé, avec un système de listes, permet à chaque électeur de voter en connaissant les projets pour la commune. L’application de la proportionnelle permet de renforcer la représentativité des élus, dans une élection à laquelle les citoyens sont très attaché.

Nous connaissons le lien qui existe entre les citoyens et les élus locaux. L’échelon de la commune est celui de la vie quotidienne. Les habitants sont très attentifs à ce que la réponse politique locale à leurs préoccupations soit de bonne qualité.

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Salon de l’agriculture : En finir avec les pesticides en outre-mer ?

Lundi 24 février 2014, Aline s’est rendue au Salon de l’agriculture pour enregistrer une émission de radio pour Outre-mer 1ère consacrée aux pesticides.

Avec Sophie Gaudeul (Secrétaire Confédérale de la CFDT) et Jean-Bernard Gonthier (Président de la Chambre d’agriculture de la Réunion), ils ont pu échanger de manière constructive sur ce sujet brûlant aux Antilles.

Vous pouvez revisionner le débat ici en vidéo.

 

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Crédits: Marine Tondelier

 

En Guyane, l’or vert plus précieux que l’or jaune

Tribune publiée sur Mediapart

Opposés à la récente délivrance, par le ministre du redressement productif, d’un permis d’exploitation de mines d’or et substances connexes sur le territoire de la commune de Saül, en Guyane, Aline ArchimbaudJean-Jacob BicepJosé Gaillouet François Michel Lambert, élus EELV, en demandent l’annulation. «Le peuple guyanais (…), une fois de plus, voit son patrimoine écologique le plus cher, bien commun de l’humanité, passer après les intérêts de grands groupes.»

Nous apprenons que le gouvernement français, par son ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, a accordé un permis d’exploitation de mines d’or et substances connexes, dit “ Permis Limonade ”, à la société Rexma, sur le territoire de la commune de Saül, en Guyane.

Nous ne comprenons pas cette décision qui risque d’engendrer des dégâts écologiques irréversibles sur le milieu naturel et sa biodiversité. Comment peut-on justifier cette autorisation d’exploiter, attribuée pour le massif forestier de Saül? Ce site, berceau d’une biodiversité exceptionnellement riche, et avec un fort taux d’espèces spécifiques à cette région, a pourtant été classé, en partie, en zone cœur du parc amazonien de la Guyane, créé en 2007. Cette décision plonge dans la détresse la population de Saül, mais aussi et surtout elle humilie le peuple guyanais qui, une fois de plus, voit son patrimoine écologique le plus cher, bien commun de l’humanité, passer après les intérêts de grands groupes voulant, à n’importe quel prix, exploiter son sous-sol.

Nous, élus écologistes préoccupés par le sort de la Guyane, nous élevons contre cette autorisation qui menace 120 hectares et 6,6 kilomètres de cours d’eau, situés à moins de 3 kilomètres du village de Saül.

Cette décision a été prise contre l’avis de tous, sans concertation locale, contre l’avis du Conseil d’administration du parc national de Guyane, et de son Conseil scientifique, du maire de Saül et de son conseil municipal, et enfin en dépit de tout bon sens écologique.

Nous nous interrogeons sur l’état du droit en Guyane française. Les orientations du Schéma d’aménagement régional guyanais approuvé par le Conseil d’État en 2002 s’opposaient déjà à toute activité minière autour de la commune de Saül. Comment en est-on venus à accorder une autorisation à vocation aurifère dans une zone non autorisée au développement d’activité minière par le schéma départemental d’orientation minière approuvé par décret en 2011? Comment une telle décision peut-elle être prise en contradiction avec le décret du 27 décembre 2012 relatif à la trame verte et bleue (1) ?

Quinze jours après cette terrible décision, l’opposition contre ce projet est croissante. La Fédération des élus verts et écologistes (Feve) a fait parvenir un courrier à ce sujet au premier ministre, neuf scientifiques ont interpellé Arnaud Montebourg, la Fondation Nicolas Hulot a demandé l’annulation du permis. Certains élus locaux ont également pris position contre cette autorisation.

Nous demandons l’annulation de ce permis d’exploitation et nous attendons du Président de la République française qu’il respecte ses engagements, mais aussi qu’il rétablisse le droit en Guyane. Et nous invitons le Président à venir sur place, au cœur du parc amazonien de Guyane, lors de son déplacement en 2013.

Le changement de paradigme en Guyane, nous l’attendons maintenant !
Aline Archimbaud, sénatrice EELV de Seine-Saint-Denis et membre de la délégation sénatoriale à l’Outre-Mer
Jean-Jacob Bicep, député européen EELV d’Ile-de-France et délégué national EELV aux régions et collectivités des outremers.
José Gaillou, conseiller régional EELV de Guyane et secrétaire régional de Guyane EELV
François Michel Lambert, député EELV des Bouches du Rhône et membre de la délégation aux Outre-Mer de l’Assemblée nationale

(1) « La trame verte et bleue est un réseau formé de continuités écologiques terrestres et aquatiques. Elle constitue un outil d’aménagement durable du territoire et contribue à un état de conservation favorable des habitats naturels et des espèces et au bon état écologique des masses d’eau. Les continuités écologiques qui constituent la trame verte et bleue comprennent des réservoirs de biodiversité et des corridors écologiques. »

Vie chère dans les outre-mer – La gauche intervient au coeur des monopoles

A l’occasion de la présentation par le Ministre des Outre-mer du « projet de loi relatif à la régulation économique outre-mer et portant diverses dispositions relatives à l’outre-mer », le groupe écologiste du Sénat a fait savoir son soutien à un projet de loi courageux qui intervient aux racines de la vie chère dans les outremers : les monopoles et oligopoles. Ils ont par ailleurs obtenu l’adoption de deux amendements.

Lors de la discussion générale, Joël Labbé, Vice-président de la commission Economie, a insisté sur la nécessité de « remédier aux dysfonctionnements en levant les obstacles à la concurrence » et de « réengager les acteurs dans la loyauté de leurs transactions, d’améliorer la transparence des prix et la protection des consommateurs ». Ce qui passe par une Autorité de la concurrence renforcée, notamment en lui conférant un pouvoir d’injonction structurelle en matière de grande distribution.

Les écologistes ont obtenu l’adoption de deux amendements :

 un rapport sur le développement des échanges commerciaux régionaux entre les territoires ultramarins, afin de réduire la part de la facture énergétique des produits ;

 la création d’un comité de suivi chargé d’évaluer l’application de la loi, qui permettra d’impliquer les acteurs locaux (élu/es, syndicats, associations) qui disposent d’une connaissance fine du terrain.

Aline Archimbaud, Secrétaire de la commission Affaires sociales et membre de la délégation Outremer, a par ailleurs rappelé qu’en « Outre-mer, de nombreux produits alimentaires de consommation courante ont une concentration en sucre supérieure à celle du même produit de même marque vendu dans l’Hexagone ». Elle a obtenu le soutien du Ministre sur ce point, qui fera l’objet d’une prochain « niche » socialiste.

Situation alarmante des prisons en outre-mer

Le 17 juillet, Aline Archimbaud a posé la question orale n°12 à la Ministre de la Justice.

M. le président. La parole est à Mme Aline Archimbaud, auteur de la question n° 12, adressée à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice.

Mme Aline Archimbaud. La liste des problèmes au sujet desquels je suis alertée concernant la situation de la plupart des établissements pénitentiaires d’outre-mer est longue : vétusté, surpopulation endémique, grande promiscuité génératrice de violences, hygiène déplorable, inactivité, auxquelles vient s’ajouter un manque cruel de moyens pour les alternatives à l’incarcération, les aménagements de peine et l’aide à l’insertion.

La situation n’a fait qu’empirer, année après année, bien que les gouvernements successifs aient annoncé pouvoir régler la situation en accroissant la capacité des établissements ou en en construisant de nouveaux.

Le centre pénitentiaire de Faa’a-Nuutania, en Polynésie, affiche un taux de suroccupation record de 250 %. Ce taux est de 194 % pour celui du Camp-Est, en Nouvelle-Calédonie ; de 216 % pour celui de Nouméa, selon des chiffres d’octobre 2011 ; de 166 % pour celui de Ducos, à la Martinique ; de 146 % pour la maison d’arrêt de Basse-Terre, à la Guadeloupe ; de 121 % pour le centre pénitentiaire de Baie-Mahault, toujours à la Guadeloupe ; de 117 % pour celui de Rémire-Montjoly, en Guyane.

De surcroît, bon nombre d’observateurs, dont le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, le Comité pour la prévention de la torture et l’Observatoire international des prisons ont maintes fois dénoncé la vétusté des locaux les plus anciens, la grande promiscuité et la violence qu’elle engendre, ainsi que les conditions d’hygiène déplorables. À cela s’ajoute le manque de travail ou l’absence d’activités proposées aux détenus, contraints de demeurer en cellule ou en dortoir parfois plus de vingt heures par jour.

Des travaux de construction, d’extension ou de rénovation sont certes parfois annoncés, mais leur achèvement n’est pas attendu avant de nombreuses années. Qui plus est, si l’on se réfère aux politiques immobilières menées dans l’Hexagone depuis des décennies, ces travaux ne garantissent pas la maîtrise de la surpopulation ni l’amélioration notable des conditions de vie et du respect des droits fondamentaux des personnes qui y sont placées.

Les rapports annuels récents des juridictions d’outre-mer, portant, comme ceux de 2011, sur l’exécution et sur l’aménagement des peines, font, par ailleurs, état d’un grand manque de moyens humains et financiers pour mener à bien les missions dévolues à ces structures. Au 1er janvier 2012, la France comptait quelque 57 000 condamnés, dont 10 693 en aménagement de peine, soit 18 %. Ce taux est encore très insuffisant, mais il l’est encore plus outre-mer, où, à la même date, seuls 12,6 % des condamnés bénéficiaient d’un aménagement de peine sous écrou.

Bon nombre de courtes peines qui pourraient être aménagées plutôt qu’être exécutées en détention ne le sont pas faute de moyens, ce qui empêche également la mise en œuvre de mesures alternatives à la détention. Ces dispositifs permettraient pourtant de réduire de manière notable la surpopulation carcérale, à un coût moindre pour l’État.

Le développement de ces outils, dont l’efficacité est par ailleurs reconnue en matière de prévention de la récidive, suppose un accompagnement de personnel en nombre suffisant et formé.

Madame la garde des sceaux, des moyens sont-ils prévus à cet effet ?

Ne serait-il pas plus efficace de limiter les programmes immobiliers à la rénovation des établissements les plus vétustes ?

Au lieu d’accroître le nombre de places de détention, ne pourrions-nous pas consacrer les budgets correspondants à la mise en place de peines alternatives à l’incarcération et d’aménagements de peine, mesures dont l’efficacité n’est plus à démontrer ? Quel est le programme du Gouvernement à ce sujet pour l’outre-mer ?

M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux.

Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la sénatrice, vous êtes bien avisée de vous préoccuper de l’état des établissements pénitentiaires dans les outre-mer. Vous avez déposé votre question le 5 juillet dernier. Le 14 et le 15 juillet, l’actualité en Nouvelle-Calédonie et en Guyane est venue rappeler que vous aviez parfaitement raison de nous alerter sur la question.

Je partage totalement votre constat, qui vaut, d’ailleurs, pour tous nos établissements pénitentiaires, y compris sur le territoire de l’Hexagone. Les chiffres de la population pénale au 1er juillet 2012 viennent d’être publiés. Ils font état de 67 373 personnes incarcérées, soit une progression de 4,1 % par rapport à la même époque l’année dernière, et ce malgré une augmentation des aménagements de peine et des libérations sous surveillance électronique de fin de peine de 21 % sur la même durée. C’est dire à quel point nos établissements sont surpeuplés.

Au-delà des chiffres que vous avez cités pour les outre-mer, il faut aussi évoquer la situation dans les maisons d’arrêt pour hommes : le taux atteint 324 % en Polynésie ; 318 % à Ducos, à la Martinique ; 160 % à Rémire-Montjoly, en Guyane. À cela vient s’ajouter la vétusté des établissements, notamment à Mayotte et à Basse-Terre.

Les outre-mer souffrent en plus d’un problème particulier d’éloignement et d’isolement, qui limite la possibilité de répartition des détenus dans d’autres établissements. Ainsi, le phénomène de surpopulation carcérale touche également les établissements pour peine, y compris dans le cas des longues peines, alors que, sur le territoire hexagonal, l’administration pénitentiaire parvient à peu près à y faire respecter le principe de l’encellulement individuel.

Évidemment, toutes ces difficultés ne nous tombent pas subitement sur la tête. Elles ont pour cause principale la politique pénale menée au cours des dix dernières années, fortement « crispée » sur l’incarcération. À l’exception de la loi pénitentiaire de novembre 2009, la cinquantaine de lois pénales adoptées sur cette période ont conduit à la multiplication des procédures aboutissant à des jugements d’incarcération.

Bien sûr, la peine d’emprisonnement se justifie, mais elle ne doit être prononcée que pour les situations où elle est nécessaire et utile. Nous savons à quel point les courtes peines sont désocialisantes et, surtout, génératrices de récidive. Il y a donc lieu d’en tenir compte dans le cadre de l’aménagement des peines. Nous n’avons pas tellement de choses à inventer puisque le code de procédure pénale contient déjà toute une série de dispositions en la matière.

Malgré l’article 27 de la loi pénitentiaire, la question de l’activité dans les établissements est réelle, encore plus dans les outre-mer que dans l’Hexagone. L’oisiveté est importante, vous le disiez vous-même, très peu de temps étant consacré à l’activité ainsi qu’à la formation des détenus.

Autre question extrêmement importante, celle de l’insertion et de la probation, que vous avez également évoquée. J’ai lancé un processus pour que se tienne, d’ici à la fin de l’année, une « conférence de consensus », chargée de travailler sur les peines de probation afin de lutter contre la récidive. Il faut faire en sorte de procéder aux aménagements de peine nécessaires pour sortir les personnes concernées du parcours de délinquance et de la récidive.

J’en viens, madame Archimbaud, aux orientations à venir. Vous l’avez dit vous-même, le taux d’aménagement de peine est nettement inférieur dans les outre-mer à ce qu’il est ici, en raison, notamment, de conditions économiques et sociales particulières : la population incarcérée y est souvent plus jeune et parfois d’origine étrangère, ce qui doit nous faire réfléchir à des aménagements de peine qui correspondent à cette socialisation plus réduite.

Dans la mesure où le taux atteint 324 % à certains endroits, il faudra malheureusement prévoir quelques places supplémentaires, même si, vous avez raison, il importe surtout d’aménager les peines et de lutter contre la récidive. Un certain nombre de programmes sont engagés pour la construction de 160 places supplémentaires à Ducos, à la Martinique, de 75 places à Rémire-Montjoly, en Guyane, de 174 places à Majicavo, à Mayotte, de 410 places à Papeari, en Polynésie, de 80 places à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie.

Évidemment, je maintiens les études qui sont en cours, particulièrement en Guyane, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie et à la Guadeloupe, à Baie-Mahault. Toutefois, vous le savez, l’heure est aux arbitrages budgétaires. J’accorde une attention toute particulière aux décisions qui seront prises en faveur des outre-mer. Ces arbitrages doivent aboutir dans quelques jours. Je vous tiendrai, bien entendu, informée.

M. le président. La parole est à Mme Aline Archimbaud.

Mme Aline Archimbaud. Madame la garde des sceaux, je vous remercie de votre écoute et de la précision de votre réponse. Vous héritez, je le comprends tout à fait, d’une situation difficile, après dix années d’une politique qui a systématiquement encouragé l’incarcération, y compris pour des peines très courtes.

J’entends votre engagement sur la volonté de réfléchir au parcours de probation. Dans ce domaine, les personnels, notamment ceux des services pénitentiaires d’insertion et de probation, travaillent dans des conditions extrêmement difficiles et se sentent souvent abandonnés, leurs moyens étant même très inférieurs à ce qui est prévu dans les textes.

J’entends aussi votre préoccupation concernant toutes les actions susceptibles d’être mises en œuvre pour éviter les récidives. La conférence que vous envisagez sur ce sujet est une initiative encourageante.

J’espère que des signaux positifs pourront être donnés rapidement non seulement en direction des prévenus et détenus, des prévenus, dans les maisons d’arrêt et prisons d’outre-mer, mais aussi des personnels. La vétusté de certains bâtiments, les conditions de vie et de travail, pour ne citer que ces problèmes, montrent une situation de total abandon, contraire aux principes de la République. Je ne pense pas que l’actuel gouvernement s’en satisfasse.

Forages en Guyane : vigilance !

Aline Archimbaud est Sénatrice EELV de Seine-Saint Denis et membre de la Délégation Sénatoriale à l’outre mer depuis sa création en novembre 2011.

Les décisions gouvernementales récentes l’incitent à la plus grande vigilance. Et à s’interroger sur le rôle joué par les lobbys dans cette séquence sous tension.

Aline Archimbaud avait appelé il y a quelques jours à la mise en place d’une concertation avec la population locale. En accord avec Guyane Ecologie, elle estimait en effet que « les garanties de sécurité de l’exploration n’étaient absolument pas réunies » et qu’« il est important de rappeler que le pétrole n’est pas l’énergie du futur. Il faut avant tout mettre en avant le fort potentiel de la Guyane en énergies renouvelables : biomasse, solaire, éolien, etc. et consacrer une part importante des investissements à ces secteurs. Par ailleurs, il faut faire preuve de la plus grande vigilance face au miroir aux alouettes que constituent de potentielles retombées fiscales. En cas d’accident lors du forage, le coût en terme de catastrophe écologique, économique et sociale serait incalculable…

Nous espérons que tous les enjeux environnementaux, sociaux et économiques en Guyane seront pris en compte. »

Aline Archimbaud et ses collègues parlementaires écologistes seront particulièrement attentifs, ainsi que les militants, réseaux et associations locales, aux suites qui seront données à ce dossier.

 

 

Forages pétroliers en Guyane : vigilance !!

La délégation sénatoriale à l’outre-mer dont je suis membre a récemment procédé à une série d’auditions concernant la possibilité d’exploiter le pétrole en mer (à environ 150 km des côtes de Guyane).

Cette mission est coprésidée par l’État et la Région Guyane. L’audition du Président de Shell France, qui met en place, avec l’autorisation du Préfet, des forages « d’exploration », n’a pas été rassurante.

En dépit des règles de sécurité sur les plateformes, on recense une douzaine d’accidents majeurs depuis 1976, avec des conséquences environnementales, économiques et sociales terribles !

La population ayant seulement été « informée », je suis intervenue pour demander de suivre le rapport adopté par le CESE (conseil économique, social et environnemental) le 13 mars 2012.

Ce rapport demande la maîtrise des enjeux de l’exploration préalable en mettant en œuvre le principe de participation du public tout au long des procédures d’attribution des titres et autorisations ; en appliquant ce principe en amont de la prise de décision, lorsque toutes les options sont encore envisageables ; en évaluant la solidité financière des pétitionnaires sur toute la durée du permis ; en recourant à de la tierce expertise lors des autorisations de travaux et en renforçant les moyens de contrôle de l’État tout en accroissant leur efficacité.

En accord avec Guyane Écologie, il est important également de rappeler que le pétrole n’est pas l’énergie du futur. Il faut avant tout mettre en avant le fort potentiel de la Guyane en énergies renouvelables : biomasse, solaire, éolien, etc. et consacrer une part importante des investissements à ces secteurs.

Il faut faire preuve de la plus grande vigilance face au miroir aux alouettes que constituent de potentielles retombées fiscales. En cas d’accident lors du forage, le coût en terme de catastrophe écologique, économique et sociale serait incalculable…

Collectif or bleu contre or noir